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Panorama de la littérature libanaise actuelle - Une écriture vivante
- Par La Nouvelle République
- Publié 11/12/2007
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Dotées d’une longue et riche tradition, les lettres libanaises incarnent toute la vitalité créatrice de ce petit pays du Moyen-Orient qui, après avoir connu quinze ans de guerre civile, se trouve aujourd’hui englué dans des crises politiques à répétition, mais n’en joue pas moins le rôle de capitale du livre arabe. Et cela, grâce à ses 350 maisons d’édition et 700 imprimeurs, ses librairies et sa presse libre et multilingue qui font du pays du Cèdre un véritable vivier d’écrivains, de penseurs, de traducteurs venus parfois de toute la région pour se faire éditer ou tout simplement pour profiter de son ambiance libérale (le Liban est à ce jour la seule démocratie parlementaire du monde arabe) si propice à la réflexion et à la création.
Le bilinguisme arabe-français par goût, non par obligation
Haut lieu de la francophonie en raison de liens historiques et culturels avec la France qui datent pour l’essentiel du XIXe siècle, le Liban est le pays d’origine de plusieurs écrivains majeurs de langue française, d’Andrée Chédid à Alexandre Najjar, en passant par Amin Maalouf (prix Goncourt 1993), Adonis, Vénus Khoury Ghata, Salah Stétié et Georges Schéhadé. Pour ces romanciers et poètes parfaitement bilingues, leur francophonie ne relève pas d’une fatalité coloniale quelconque car, comme l’affirme Charif Majdalani, «les Libanais ont écrit en français avant que le Liban passe sous mandat français». A l’ombre du cèdre, le bilinguisme aurait plutôt à voir avec le goût et la sensibilité propres au génie libanais. Il est aussi le résultat du système éducatif exigeant qui met l’accent sur l’acquisition d’une langue étrangère (anglais ou français) dès les premières années de la scolarité.
Toutefois, malgré la très large implantation du français dans la vie culturelle et dans la société en général, l’essentiel de la production littéraire libanaise s’écrit en langue arabe.
Les spécialistes situent les débuts de la littérature arabophone du Liban à la Nahda, ou Renaissance arabe, qui a donné, au début du XIXe siècle, dans le sillage de l’expédition napoléonienne, une impulsion nouvelle aux lettres arabes. Ce mouvement qui avait commencé au Caire a atteint son apogée à Beyrouth où, grâce à l’installation des premières imprimeries de tout le Moyen-Orient, l’élite lettrée a pu accéder par les traductions aux œuvres majeures de la pensée et de la littérature occidentale : la Bible, Shakespeare, Voltaire et Hugo. On est entré alors dans une période charnière caractérisée par une effervescence intellectuelle qui se traduit par l’éclosion d’une nouvelle sensibilité littéraire, à la fois héritière de la grande tradition arabe et résolument tournée vers l’universel. C’est la figure atypique de l’émigré libanais aux Etats-Unis Khalil Gibran, auteur du célèbre Le Prophète et au carrefour de différentes traditions (mysticisme arabe et romantisme occidental, religieux et laïcité, prose et poésie), qui incarne le mieux cette révolution littéraire au tournant du XXe siècle.
Accéder à la maturité dans la douleur et le désarroi
Depuis, les grandes dates de la littérature libanaise ont été la fondation à Beyrouth dans les années cinquante des revues Al-Adab et Chi’r, points de ralliement des romanciers et poètes les plus novateurs (Adonis, Yusuf al-Khal et autres) qui ont fait entrer la parole littéraire arabe dans la modernité, et le déclenchement de la guerre civile en 1975 qui va profondément marquer la pensée et l’imaginaire littéraires. La nouvelle génération d’écrivains actuellement en France est le produit typique de cette guerre totale et déshumanisante qui, pour citer Elias Khoury, «a permis, paradoxalement, la naissance du roman moderne libanais, parce qu’elle a cassé tous les tabous et ouvert le champ à la narration.» «Prenant le réel à bras le corps, explique pour sa part Farouk Mardam-Bey, principal éditeur de littératures arabes en France, bousculant les tabous politiques et sexuels, n’hésitant pas à révéler les aspects les plus sordides des relations sociales, prêtant l’attention aussi aux petits détails de la vie quotidienne, rénovant la langue, en l’espace de vingt ans la littérature a accédé à la maturité dans la douleur et le désarroi.»