La colère dans les pays musulmans s'intensifiait vendredi après la diffusion sur Internet du film anti-islam d'un député néerlandais, tandis que les musulmans des Pays-Bas appelaient au calme.
Le site Web LiveLeak.com a finalement retiré le film dans la soirée, affirmant que son personnel avait reçu "des menaces de nature très grave" mais le court-métrage était repris sur de nombreux sites de toutes sortes.
Le secrétaire général des Nations unies lui-même a condamné le film. "Il n'y a aucune justification au discours de haine et à l'incitation à la violence. Le droit à la liberté d'expression n'est pas en jeu ici", a déclaré Ban Ki-moon dans un communiqué.
Au Pakistan, des centaines de personnes ont manifesté à Karachi, Lahore et Qetta, réclamant la rupture des relations diplomatiques avec les Pays-Bas. Le gouvernement pakistanais a convoqué l'ambassadeur néerlandais pour lui faire part de son mécontentement et a "fortement condamné la diffusion d'un film diffamatoire qui a choqué les musulmans à travers le monde" par voie de communiqué.
En contrepartie, des musulmans néerlandais ont exhorté les musulmans à travers le monde à ne pas prendre pour cible les intérêts néerlandais en réaction à la diffusion de ce film sur le Coran.
Mohamed Rabbae, chef d'un groupe représentant les membres de la communauté marocaine néerlandaise, a tenté de calmer le jeu en affirmant que le film était "moins grave" que ce que craignaient les musulmans néerlandais et estimé qu'ils étaient les mieux placés pour gérer cette situation.
Le film, d'une durée de quinze minutes et produit par le député néerlandais d'extrême droite Geert Wilders, présente des images des attentats perpétrés à New York, Madrid ou aux Pays-Bas, sur fond de versets coraniques et entrecoupées de discours d'imams appelant à la guerre sainte.
Le ministre des Affaires étrangères d'Indonésie, pays musulman le plus peuplé au monde, a qualifié le film de "trompeur et empreint de racisme", et a affirmé qu'il s'agissait d'un acte irresponsable "élaboré sous le couvert de la liberté de presse."
Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien a décrit le film comme étant "anti-islamique et vexant". "Un tel acte de grossièreté (...) révèle le dégoût et l'hostilité profonde de certains Occidentaux contre l'Islam et les musulmans", a-t-il affirmé, selon l'agence de presse officielle iranienne IRNA.
Le Premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende a affirmé que le film associait l'Islam à la violence et que "nous rejetons cela". "Nous regrettons que M. Wilders ait diffusé ce film. Nous croyons qu'il ne sert d'autre objectif que de causer un préjudice", a-t-il déclaré à la télévision néerlandaise.
L'Union européenne a entériné la position du gouvernement néerlandais, affirmant que les 27 pays membres souscrivent au principe de liberté d'expression, "mais que (cette liberté) doit être exercée dans un esprit de respect envers la foi religieuse et les autres croyances."
A la suite de la diffusion du film jeudi soir, Geert Wilders, chef du Parti pour la liberté, petite formation d'extrême droite, a déclaré aux journalistes qu'il a produit ce film parce que "l'Islam et le Coran constituent un danger contre la liberté aux Pays-Bas à long terme, et je dois en avertir les gens."
Plusieurs milliers de Néerlandais ont manifesté samedi dernier à Amsterdam pour démontrer que l'auteur du film ne représente pas le pays en entier.
La cour de justice de Rotterdam doit répondre le 7 avril à la requête de la Fédération islamique néerlandaise réclamant que Geert Wilders présente des excuses publiques.
Le film de Geert Wilders reprend des images des attentats perpétrés aux Etats-Unis, en Espagne, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, et ouvre sur l'une des caricatures du prophète Mahomet dont la publication avait provoqué de violentes réactions dans les pays musulmans à travers le monde en 2005.
L'auteur de cette caricature, le dessinateur danois Kurt Wertergaard, a qualifié le film de "propagande politique". "Je n'accepterai pas que mon dessin soit sorti de son contexte et utilisé à d'autres fins", a-t-il déclaré.
L'Union des journalistes danois a d'ailleurs annoncé vendredi qu'elle allait poursuivre Geert Wilders pour violations de droits d'auteur. "Nous déplorons fortement que le dessin soit utilisé à des fins de propagande politique", a déclaré le président du syndicat Mogens Blicher Bjerregaard, à l'Associated Press.