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Du journalisme et des journaleux
- Par Djamel Benmerad
- Publié 10/04/2008
- Débat et Opinion
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Noté:




Une évidence qui a mis des
décennies à s’affirmer : les médias sont une ADM (Arme de Destruction
Massive) silencieuse. L’histoire de cette ADM, bien peu de journalistes en
parlent, bien peu la connaissent. Elle débute à l'époque où la publicité
devient véritablement un marché. Tandis que les nouvelles industries prenaient
progressivement le contrôle de la presse, on inventa cette chose qui allait
s'appeler le journalisme professionnel.
Pour séduire les plus gros annonceurs, les nouveaux grands journaux devaient se
distinguer par leur servilités, devenir des piliers de l'establishment, « objectifs », « impartiaux », « droits ». On créa les
premières écoles de journalisme et le mythe de la neutralité libérale fut peu à
peu institué dans les milieux du journalisme professionnel. Le droit à la
liberté d'expression, les nouveaux médias et les milieux industriels ne furent
bientôt qu'une seule et même chose : une « vaste fumisterie », car ce que de larges pans du public
ignorent, c’est que pour être professionnels les journalistes devaient
impérativement veiller à ce que l’information et l’opinion soient dominées par
les sources officielles. Et ça, ça n’a pas changé depuis. Prenons n’importe
quel numéro du New York Times et
vérifiez ses sources - en national comme en international - vous y constaterez
la prédominance du gouvernement, de puissants loobys, dont le méga-looby
sioniste, et les grosses multinationales. C’est l’essence même du journalisme dit
professionnel. Cela ne veut pas dire
qu’il n’y ait jamais eu ou qu’il n’existe pas de journalisme indépendant,
disons plutôt qu’il y fait singulièrement figure d’exception.
Regardons le rôle qu’a joué la majorité de la presse nord-américaine (et
britannique !) dans la préparation médiatique de l’invasion de l’Irak. La
promotion du projet d’invasion, intégralement fondé sur des mensonges, reposait
uniquement sur cette presse. Pour autant, sa façon de répéter les propos de
sources officielles ou de milieux proches du pouvoir ne différait en rien des
méthodes de nombre de très grands reporters du Times, à l’instar du vénéré W.
H. Lawrence, qui contribua de son mieux à ce que soient passés sous silence les
véritables effets des la bombes atomique larguées sur Hiroshima et Nagasaki en
août 1945. « Pas la moindre radioactivité dans les ruines d’Hiroshima», titrait
son article.
On n’a pas toujours à l’esprit l’importance qu’a prit ce « gouvernement invisible ». En 1983, une cinquantaine de grandes
firmes, américaines pour la plupart, détenaient la majeure partie des grands
médias internationaux. En 2002, elles n’étaient plus que neuf !
Aujourd’hui probablement plus que cinq. Rupert Murdoch a annoncé qu’il ne
resterait bientôt que trois de ces géants de la communication (dont sa propre
entreprise, bien entendu). Cette concentration de pouvoir n’est bien sûr
nullement l’apanage des USA. La BBC a annoncé son intention d’étendre
ses programmes aux USA car il lui semble que les Américains sont en attente
d’un journalisme respectueux de certains principes, « objectif », « neutre »,
tout ce qui fait la réputation de
La BBC a été crée en 1922, juste
avant que la presse ne devienne une véritable industrie aux Etats-Unis. Son
fondateur était Lord John Reith, un homme pour qui l’impartialité et
l’objectivité étaient l’essence même du professionnalisme. Cette année là,
l’establishment britannique était assiégé de toutes parts. Les syndicats
avaient appelé à une grève générale et les patrons des grosses firmes étaient
terrifiés à l’idée qu’on ne s’achemine finalement vers une révolution. La toute
nouvelle BBC vola à leur secours.
Dans le plus grand secret, Lord Reith rédigea pour le Premier ministre, Stanley
Baldwin, des discours anti-syndicalistes, réactionnaires, qui furent très
largement diffusés. Dans le même temps, et en violation du fameux droit de
réponse, il refusa aux représentants des syndicats toute possibilité de faire
valoir leurs vues tant qu’ils n’auraient pas mis fin à la grève.
L’impartialité est un principe…un principe qui est suspendu à la moindre menace
visant l’establishment. Et comme tel, ce principe n’a jamais été remis en cause
depuis.
Prenons l’invasion de l’Irak. Deux études sont parues sur la couverture du
conflit par
« Séduction de Masse »), les agents du MI-6 balançaient de fausses
informations au sujet des armes de destruction massive de Saddam, comme les
stocks d’armement dissimulés dans les palais présidentiels ou dans des bunkers
souterrains secrets. C’était évidemment faux. Mais en réalité ce n’est pas ça
le problème. Le problème c’est le résultat obtenu par cette gigantesque et
planétaire opération d’intox.
Que disait le correspondant de la BBC
à Washington, au lendemain de l’invasion, s’adressant aux téléspectateurs en
Grande Bretagne et partout dans le monde anglophone ? « Il n’y a aucun doute que le
désir de faire le bien, de porter les valeurs américaines au reste du monde et
tout particulièrement aujourd’hui au Proche-Orient, est désormais de plus en
plus indissociable de la puissance militaire américaine ». En 2005, le
même reporter faisait l’apologie de l’architecte de l’invasion, le puant Paul
Wolfowitz, le donnant pour quelqu’un qui « croit passionnément au pouvoir de la
démocratie et à l’épanouissement des masses ». On a vu de quelle
manière.
Les infos de la BBC décrivent à présent l’invasion comme
un mauvais calcul. Non pas que ce soit une intervention injustifiée, illégale
et basée sur des mensonges, simplement un
mauvais calcul…
Pour la BBC, les termes de « ratage » ou d’«erreur » sont monnaie courante. C’est comme « insuccès », qui sous-entend que si l’attaque délibérée,
préméditée, injustifiée et illégale d’un Irak dans l’impossibilité de se
défendre, avait été couronnée de succès, il n’y aurait vraiment rien eu à
redire. Normaliser l’impensable. Car c’est précisément à ça que sert ce type de
cliché, à rendre normal le côté inimaginable des destructions de la guerre, des
membres arrachés, des enfants mutilés… je parle de choses que j’ai vues. Cela
me rappelle une blague antisoviétique : c’est celle de ce groupe de
journalistes russes qui faisaient un peu le tour des Etats-Unis. Le dernier
jour de leur voyage, leur hôte les interrogea sur leurs impressions. « Je
dois vous avouer » répondit leur porte-parole « que nous sommes sidérés, après
avoir jour après jour lu tous les journaux, regardé la télé, etc., de voir à
quel point ce qui y est dit au sujet de toutes les questions les plus cruciales
reste strictement identique. Chez nous, pour obtenir un résultat pareil on
envoie les journalistes au goulag. Ici, rien de tout ça n’est nécessaire. Quel
est votre secret ?»
Quel est le secret ? C’est une question qu’on se pose rarement dans les
salles de rédaction, dans les écoles de journalisme ou dans les revues
journalistiques. Pourtant la réponse à cette question est cruciale, voire
vitale pour des centaines de millions de personnes dans le monde. Le 24 août de
l’année 2006, le New York Times
déclarait textuellement dans un éditorial : « Si nous avions su alors ce que
nous savons aujourd’hui, l’invasion de l’Irak aurait été stoppée par un mouvement
de protestation populaire ». Qu’ils puissent l’admettre est ahurissant
car ce que cela signifie en substance c’est que les journalistes avaient en
réalité trahi le public en ne faisant pas leur boulot et en acceptant, en
amplifiant et en répétant inlassablement les mensonges de Bush et de son gang,
au lieu de les remettre en cause et de les démasquer. Mais ce que le Times négligeait de préciser c’est que
si le journal et tous les autres médias avaient effectivement dévoilé ces
mensonges, environ un million d’Irakiens et 4.000 soldats Nord-américains seraient
encore en vie aujourd’hui. Bon nombre de journalistes de l’establishment connus
pour leur ancienneté en sont convaincus, mais bien peu d’entre eux oseraient le
déclarer publiquement.
Le correspondant de l’agence de presse soviétique Novosti à Alger m’a dit un jour : « Il y a un point sur lequel,
nous, dans les dictatures, nous avons plus de chance que les autres à l’Ouest.
Nous ne croyons rien de ce que nous lisons dans les journaux et rien de ce que
nous pouvons voir à la télévision, parce que nous savons pertinemment que ce
sont des mensonges et de la propagande. Contrairement aux citoyens de l’Ouest
nous avons appris à regarder derrière cette propagande et à lire entre les
lignes. Nous, nous savons que la vraie vérité est toujours subversive».
Dans les pays capitalistes, plus la presse ment, plus elle est crue ».
C’est ce que Vandana Shiva appelle : «
subjugated knowledge » (« la
connaissance soumise », ou « le savoir
de ceux qui sont assujettis »).
L’un des plus vieux clichés de
guerre qui soient, c’est que la vérité en est la première victime. C’est faux !
C’est le journalisme la première victime. Après la fin de la guerre du Vietnam,
le magazine Encounter publiait un
article de Robert Elegant, correspondant distingué qui avait couvert le
conflit. « Pour la première fois dans l’histoire moderne » écrivait-il, «
l’issue d’une guerre s’est jouée non plus sur les champs de bataille mais sur
les pages des journaux et bien plus encore sur les écrans des téléviseurs. » Robert
Elegant tenait les journalistes pour responsables de la défaite. C’est eux qui
avaient perdu la guerre en s’y opposant dans leurs reportages. A Washington, on
tint ce point de vue pour parole d’évangile, et c’est toujours le cas. En Irak,
le Pentagone a inventé les «
journalistes embarqués, encadrés,
informés et contrôlés par l’armée, ils suivent servilement les opérations
exclusivement du point de vue de l’armée, parce qu’on restait convaincu que le
journalisme critique avait fait perdre le Vietnam. Et c’est en partie vrai.
En Irak comme au Vietnam, certaines stratégies, certaines politiques délibérées
tenaient littéralement du génocide : au Vietnam, la déportation de force de
millions de personnes et la création de «
free fire zones» ou « free strike
zones » (zones de feu à volonté (tir, mitraillage, bombardement ou
pilonnage libre, sans nécessité de produire un rapport ou de faire preuve de
modération); en Irak, un embargo mis en place par les USA, maintenu comme un
siège médiéval pendant toute la décennie 1990 et qui, selon l’Unicef, fit au
bas mot un demi-million de morts parmi les seuls enfants de moins de cinq ans
soit la moitié du nombre total des victimes. Au Vietnam comme en Irak, on eut
recours à des armes interdites contre des populations civiles, sciemment, à
titre expérimental. Au Vietnam, l’Agent Orange (pulvérisation aérienne de
millions de litres de dioxine hautement concentrée sur des zones forestières et
rurales) causa des malformations génétiques et eut un énorme impact sur
l’environnement. Les militaires avaient appelé ça l’Opération Hadès (Dieu des enfers ou de la mort
dans la mythologie grecque). Lorsque l’opinion internationale eut vent de
l’affaire, l’opération fut rebaptisée d’un nom plus sympathique : Operation Ranch Hand (Opération « Garçon de Ferme » ou « coup de main agricole ») et on
continua de plus belle. La réaction du Congrès fut sensiblement du même ordre
au sujet de la guerre en Irak. Les pseudo-Démocrates l’ont d’abord vivement
critiquée, puis renommée, puis étendue.
Les films de Hollywood qui suivirent la guerre du Vietnam étaient eux-mêmes une
extension du journalisme, de cette normalisation de l’impensable. Oui, certains
films critiquaient assez ouvertement les tactiques des militaires, mais tous
prenaient soin de rester centrés sur l’horreur vécue par l’occupant. Le premier
de ces films est désormais un grand classique, c’est The Deer Hunter (Délivrance). Le message qui sous-tend le film est
que l’Amérique a souffert, que l’Amérique a été blessée, que les marines et
autres GI’s ont néanmoins fait de leur mieux contre les barbares orientaux. Ce
message était d’autant plus pernicieux que le film était brillamment réalisé et
interprété. Je dois reconnaître que c’est l’un des rares films film que j’aie
hué de toutes mes forces dans un cinéma. On a dit que Platoon, d’Oliver Stone, qui a reçu de nombreux prix, était un film
anti-guerre. On y voit effectivement, très furtivement, des vietnamiens
présentés comme des êtres humains. Mais avant toute chose, on y voit les
occupants américains comme des victimes. Et jusqu’à présent, les USA ayant perdu la guerre sur le champ de
bataille, veulent la gagner à travers Hollywood !
Initialement, je n’avais pas l’intention d’évoquer ici des films comme « Les Bérets Verts », mais
j’ai lu l’autre jour que John Wayne était l’acteur de cinéma le plus influent
qui ait jamais vécu. J’ai… vu Les Bérets
Verts. Je n’en revenais pas de l’absurdité de ce film. Et pourtant cet
héroïsme bidon de John Wayne a permis d’envoyer des milliers de jeunes
américains se faire tuer au Vietnam, à
la notable exception de George W. Bush et Dick Cheney, qui sont restés
paisiblement planqués dans les jupes de leur mère ou de leur épouse.
En l’an 2004 -je crois-, au moment de recevoir son Prix Nobel de Littérature,
le dramaturge Harold Pinter a donné un discours absolument remarquable. Il y
demandait « pourquoi la brutalité
systématique, les exactions généralisées, l’impitoyable répression de la
liberté de penser de
La vérité subversive d’Harold Pinter, à mon avis, c’est qu’il faisait le lien
entre impérialisme et fascisme et qu’il décrivait une bataille pour l’Histoire
qui n’est littéralement jamais couverte par les médias. C’est ça le grand
silence de l’âge des médias. Et c’est justement ça qui se dissimule au cœur de
la propagande aujourd’hui.
En Grande Bretagne, le parti qui a dirigé l’Angleterre ces onze ou douze
dernières années était une branche du Parti Démocrate, ou travailliste. Blair, en
tant qu’homme de « gauche », a fait entrer le pays en guerre plus de
fois qu’aucun autre Premier ministre de l’époque contemporaine. Avant de tomber
amoureux de Bush, son premier amour c’était Clinton, le président américain le
plus violent de tout le vingtième siècle. Quant au successeur de Blair, Gordon
Brown, c’est lui aussi un fervent zélateur de Clinton et Bush, l’autre jour il
a annoncé : « L’époque où l’Angleterre devait demander pardon pour l’Empire
Britannique est révolue ! On devrait fêter ça… ». Comme Blair,
comme Clinton, comme Bush, Brown croit en cette vérité libérale selon laquelle
la bataille pour l’Histoire est d’ores et déjà gagnée ; qu’on finira par
oublier les millions de morts des famines provoquées délibérément en Inde par
les Britanniques à l’époque coloniale et que les millions de gens qui sont
morts dans l’Empire américain seront bientôt oubliés aussi. Tout comme Blair,
son successeur ne doute pas une minute que le journalisme professionnel soit de
son côté, parce que la plupart des journalistes sont plutôt des
à-plat-ventristes. C’est ça le libéralisme ! Mais si nous refusons de voir les
dangers, de comprendre le projet dont est porteur le libéralisme et la nature
formidablement délétère de sa propagande, nous nous privons nous-mêmes de tout
droit à une véritable liberté. Le libéralisme c’est une chose, la liberté en
est une autre. Le libéralisme était à l’origine le culte de l’élite, au XIXe
siècle. Or la liberté ce n’est pas le genre de chose dont les élites n’aient
jamais fait cadeau. C’est quelque chose qu’il faut toujours arracher de haute
lutte.
Dans les années 1990, Clinton a largué une pluie de bombes sur l’Irak. Dans le
même temps, il imposait un siège médiéval baptisé « sanctions économiques », qui a causé la mort de plus d’un million
de personnes, dont 500 000 enfants, répertoriés. Ce carnage a été littéralement
occulté dans ce qu’on appelle nos grands médias. Ce qui, pour toute une
génération, pourrait bien être le plus monstrueux cas de crime organisé
n’était, comme disait Pinter, « jamais arrivé ».
Il y a plein de gens qui se
considèrent comme de gauche et qui ont soutenu l’attaque de Bush contre
l’Afghanistan. Personne n’a dénoncé le fait qu’Oussama Ben Laden disposait du
soutien de
L’interminable tragédie de la Palestine est due en grande partie au silence et
à l’aval tacite d’une soi disant gauche libérale américaine et européenne. Le New York Times, Associated Press, le Boston
Globe ou n’importe quel autre journal, tous renvoient à cette même idée
pour enlever toute crédibilité au mouvement. Or elle est fausse ! On ne
rappelle pratiquement jamais que le Hamas (que je ne porte pas dans mon cœur) a
appelé à un cessez-le-feu de 10 ans. Pire, littéralement personne n’est au
courant que le Hamas a pris ces dernières années un virage idéologique
historique qui équivaut véritablement à une reconnaissance de ce qu’il appelle « la réalité d’Israël ». L’Université
de Glasgow a publié une étude étonnante sur la couverture médiatique du conflit
Israélo-Palestinien. Ils ont interviewé un groupe de téléspectateurs qui
regardent régulièrement les infos en Angleterre. Plus de 90% étaient convaincus que les « implantations illégales »
étaient des camps palestiniens. Plus ils regardaient, moins ils en
savaient, comme disait Dany Schechter.
En ce moment, le silence le plus dangereux concerne les armes nucléaires et le
retour de la Guerre Froide. Pour les Russes, il est parfaitement clair que le
soi disant Bouclier de Défense américain en Europe de l’Est n’a pas d’autre but
que de les humilier et de leur mettre le couteau sous la gorge. Mais si vous
lisez les titres des journaux, ici, ils vous disent que Poutine nous entraîne
vers une nouvelle Guerre Froide et ils occultent totalement la mise en place
d’un ensemble d’installations nucléaires américaines dont l’objectif est de
brouiller la distinction entre guerre conventionnelle et guerre nucléaire – une
ambition qui ne date pas d’hier...
Dans le même temps, on affaiblit l’Iran, la presse de gauche occidentale jouant
littéralement le même rôle que celui que celui qu’elle avait joué avant
l’invasion de l’Irak. Il en va de même des Démocrates américains. Regardez à
quel point Barak Obama est devenu le porte-parole du Council on Foreign
Relations, l’un des principaux organes de propagande du vieil establishment
libéral de Washington. Obama raconte à qui veut l’entendre qu’il souhaite le
rapatriement des troupes mais que « nous ne devons pas exclure le recours aux
forces armées contre des adversaires de longue date tels que l’Iran et la Syrie
». Une autre version de « L’axe
du Mal »
Ecoutez ça… C’est Obama, l’homme de « gauche », qui parle : «
Dans les situations les plus périlleuses, au siècle passé, nos dirigeants ont
veillé à ce que l’Amérique, par sa bravoure et l’exemple qu’elle donnait,
conduise et élève le monde, à ce que nous nous engagions et que nous
combattions pour la liberté que des milliards d’êtres humains recherchaient
au-delà de leurs frontières ». Textuellement !
Vous savez… ça, c’est le cœur même de notre propagande, une espèce de lavage de
cerveau qui s’insinue dans la vie de chaque américain et de nombre d’entre nous
qui ne sont pas américains, qu’ils soient de droite ou de gauche, qu’ils soient
athées ou qu’ils vivent dans la crainte de Dieu. Ce dont les gens sont le moins
conscients, c’est que dans la seule seconde moitié du XXe siècle, les
différentes administrations américaines ont renversé une cinquantaine de
gouvernement - pour la plupart démocratiquement élus - et que dans la foulée
une trentaine de pays se sont vus attaqués et écrasés sous les bombes avec un
nombre de morts incalculable.
Qu’est ce qu’on devrait faire ?
Cette question si souvent posée dans toutes les conférences que j’ai pu donner
en Belgique, y compris par des gens apparemment bien informés, est en elle-même
intéressante. Les habitants de ce qu’on appelle les pays du tiers monde la
posent rarement, parce qu’eux savent ce qu’il faut faire. Et beaucoup l’ont
payé de leur liberté et de leur vie, mais ils savaient ce qu’il fallait faire.
C’est une question à laquelle pas mal de gens de la « gauche » n’ont
toujours pas de réponse.
La véritable information, l’information
subversive, reste l’arme la plus puissante qui soit. Nous ne devons surtout
pas tomber dans le piège d’imaginer que les médias parlent pour le public.
C’était tout sauf vrai dans la Tchécoslovaquie stalinienne et ça ne l’est pas
davantage en Occident. L’une des premières armes dont s’est doté Che Guevara
dans la Sierra Maestra fut une radio, Radio Rebelde. Elle a fait plus de
dégâts à la dictature que toute une colonne de guérilleros. Et Che Guevara
était quelqu’un qui a oublié d’être idiot !
De toute ma carrière de journaliste, je n’ai jamais entendu parler d’une prise
de conscience générale aussi rapide que celle à laquelle on assiste à l’heure
actuelle. Certes sa direction et la forme qu’elle prend sont encore floues -
notamment parce que les gens sont devenus très méfiants à l’égard des
alternatives économiques mais aussi parce que la « gauche » est
parvenue à embobiner et à diviser l’électorat de gauche - et cependant cette
prise de conscience croissante d’un public de plus en plus critique parait
d’autant plus remarquable lorsqu’on tient compte des proportions vertigineuses de
l’endoctrinement subi, de la mystique de notre mode de vie supérieur des
Occidentaux, et du climat de peur omniprésente qui est savamment entretenu ici.
Pourquoi le New York Times s’est-il
senti obligé de présenter ses excuses dans cet éditorial l’année dernière ? Non
pas parce qu’il est opposé aux guerres de Bush - il n’y a qu’à voir ce qui s’écrit
sur l’Iran… Ces excuses sont un des rares signes d’une reconnaissance du fait
que le public commençait à entrevoir le rôle caché des médias, que les gens commençaient
à « lire entre les lignes. »
Si l’Iran est attaqué (pour les Anglo-saxons il ne fait aucun doute que
l’attaque sera alors nucléaire. (L’aval de l’ONU, cette ambassade des
Etats-Unis, sur le recours offensif aux armes nucléaires en cas de
« guerre préventive » date de 2006), il est impossible de prévoir
la réaction et les bouleversements qui vont s’ensuivre. Les directives
concernant la sécurité nationale et celle de la patrie donnent à Bush, ou à son
successeur, les pleins pouvoirs en
cas d’urgence, sur toutes les facettes du gouvernement. Il n’est pas improbable
que la constitution soit suspendue, les lois permettant d’appréhender des
centaines de milliers de soi disant terroristes et « ennemis combattants », sont d’ores et déjà dans les textes. Ce
n’est pas être parano que de comprendre ce que tout cela implique. Je pense que
ces dangers sont clairement compris du public, qui a fait pas mal de chemin
depuis le 11 septembre, et pas mal de chemin depuis la propagande qui
établissait un lien entre Saddam Hussein et al-Qaeda. Les citoyens ont besoin
de vérité. Et les journalistes devraient en principe être les défenseurs de la
vérité, non les courtiers du pouvoir.
L’idéal serait bien sûr qu’un cinquième pouvoir peut exister… sous l’action de
mouvements populaires capables de surveiller, de déconstruire et de contrer les
médias, l’industrie des médias. Dans chaque université, chaque école de
journalisme, chaque salle de rédaction, les profs de journalisme, les
journalistes eux-mêmes devraient réellement s’interroger sur le rôle qui est
désormais le leur dans ce bain de sang, au nom d’une objectivité bidon. Un tel
mouvement au sein des médias serait annonciateur d’une révolution comme on n’en
a jamais vu. Tout ça est parfaitement possible. Les silences peuvent être
brisés. En Angleterre, le Syndicat National des Journalistes a pris un virage
sans précédent et a appelé à un boycott d’Israël. Le site web Medialens.org,
après un bras de fer remarquable, a contraint la BBC à rendre des comptes. Aux
Etats-Unis, le net est peuplé d’esprits merveilleusement rebelles, sans oublier
le merveilleux travail de FAIR, la meilleure couverture de ce qui se passe en
Irak ne parait que sur le net : le courageux journalisme de Dahr Jamail et de
reporters citoyens comme Joe Wilding, qui a couvert le siège de Fallujah depuis
l’intérieur.
Au Venezuela, les enquêtes de Greg Wilpert ont fait chavirer la plus grande
partie de la propagande dont Hugo Chavez est actuellement la cible. Ne vous y
trompons pas : c’est la trouille de la véritable liberté d’expression pour
le plus grand nombre au Venezuela qui se cache derrière la campagne menée aux
USA et en Europe, en écho à l’archi-corrompue RCTV. Pour nous autres, le défi
c’est de soulever cette
« subjugated knowledge » (connaissance soumise), pour la faire
passer des réseaux underground au commun des mortels.
Il n’y a pas de temps à perdre ! La « Démocratie » Libérale s’est
transformée est une dictature d’entreprise qui a transformé les citoyens en
consommateurs. Il faut impérieusement un renversement historique auquel nous ne
devons pas laisser les médias offrir une façade. Ce renversement lui-même doit
désormais devenir Le sujet brûlant
qui concerne tout le monde. Le grand dénonciateur de scandales qu’était Tom Paine
avait prévenu que si l’on en venait à priver la majorité du peuple de la vérité
et des idées de vérité, il était temps de mettre à sac ce qu’il appelait la
Bastille des mots.
Ce moment, c’est maintenant !
(*) Djamal Benmerad est journaliste et écrivain. Il est co-fondateur membre du Mouvement des journalistes algériens (MJA).
P.S. Puisque nous parlons de l’impérialisme, nous n’aborderons pas ses valets, ni l’imbécilité criminelle d’El Moudjahid qui a affirmé, lors du printemps berbère, que les kabyles ont brûlé le drapeau national. Son directeur de l'époque aurait dû être poursuivi en justice pour « Attente à l’unité nationale ». Non, il coule des jours heureux en Europe.Deuxième post-scriptum : mes remerciements à mon fils et à son amie qui m’ont traduit à partir de l’anglais les documents nécessaires à la rédaction de ce texte.
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1 Réponse à "Du journalisme et des journaleux" 
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a écrit le 10 Apr 2008 11:37:00 PM CET
Une très bonne analyse sauf que j’aperçois que temps en temps le journaliste en la personne de Mr Benmerad se perd dans son analyse ou tout simplement nous fait sentir sa naïveté !
Cette phrase citée dans un éditorial du New York Times, « Si nous avions su alors ce que nous savons aujourd’hui, l’invasion de l’Irak aurait été stoppée par un mouvement de protestation populaire ». Mr Benmerad analyse cette phrase comme une faute professionnelle des journalistes américains, ce qui n’est pas le cas ! Tout journaliste en USA de renom est un militaire au service de sa nation avant tout. Sa plume est une arme pour servir son gouvernement qui ne le dissocie guère de son pays. La phrase citée dans l’éditorial nous montre le leurre que les journalistes veulent encore endurer à l’opinion public américain! Ils essaient par ces phrases par ci et par là, et ces articles de justification de leurs mensonges préserver encore et encore la confiance des lecteurs (Le problème qu’ils jouent très bien leurs rôles, au point que la comédie persiste et le public croit dur comme fer à leur innocence). Je voudrai juste signaler que ce n’est nullement les excuses des journalistes qui ont réveillé l’opinion publique américaine, mais c’est le temps Mr Benmerad. Parce que seul le temps fait dissiper le mensonge, et les américains ont maintenant largement le temps pour connaître l’ampleur de cette guerre. J’ai trouvé l’article de Mr Benmerad intéressant, mais je l’aurais trouvé plus intéressant s’il s’est penché plus sur la presse algérienne. Parce que l’Algérie et les algériens ont besoin de lui en cette période. Décortiquer la presse algérienne comme il l’a fait pour la presse internationale autant que professionnel du domaine. Pourrait réduire les erreurs du passé, pourrait réduire le temps de l’égarement médiatique ! Et pourrait enfin faire réagir les âmes mortes ! |
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