Algérie : Qui veut achever le secteur public de la santé ?
- Par Le Soir d'Algérie
- Publié 20/05/2008
- Santé
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Algérie : Qui veut achever le secteur public de la santé ?
Dix années plus tard, le constat est sans appel : certains médecins du secteur public désertent leurs services, détournent et les malades et le matériel au profit des cliniques privées. Des chefs de service violent un décret présidentiel leur interdisant d’exercer dans le privé. Tout se fait au vu et au su de la tutelle qui laisse faire. Amar Tou a bien fini par réagir par circulaire mais sans plus. Pourquoi ? Derrière beaucoup de cliniques privées se cachent des personnes influentes ayant découvert le bon filon. Ces dernières font tout pour que le statu quo reste de mise. Et pour cause ! Les cliniques privées font de gros profits en ne déclarant pas le personnel issu du secteur public, en profitant de la matière grise et du matériel du secteur public qui est en plus pourvoyeur de «clients». De grosses sommes d’argent échappent totalement au contrôle des impôts. L’enjeu est à la taille des pressions qui s’exercent sur les responsables de la santé. Son premier responsable, Amar Tou estime qu’il s’agit d’une question de morale. Faux ! rétorquent les concernés qui affirment que la solution réside dans l’élaboration d’un statut qui réponde aux attentes des praticiens. En donnant aux médecins du service public les moyens d’exercer, une rémunération qu’ils méritent, l’activité complémentaire cessera alors d’être considérée comme un complément de salaire. Il s’agit ni plus ni moins d’une décision politique qui sauvera ce qui reste du secteur public.
Nawal Imès
L'activité complémentaire, qu'est-ce en théorie ?...
Instaurée en 1998, dans une conjoncture particulière, l’activité
complémentaire concerne les médecins généralistes et spécialistes
exerçant dans le secteur public. En théorie, les dispositions de la loi
autorisent les médecins à exercer dans des structures privées deux
demi-journées au maximum additionnellement aux jours de congé légal. Ces
après-midi doivent être fixées par le directeur de l’établissement après
consultation du conseil scientifique. Pour pouvoir exercer, l’intéressé
doit recevoir l’aval du directeur de l’établissement public de santé,
après avis du chef de service et du conseil médical ou scientifique. Une
copie de la décision d’autorisation est adressée pour information au
ministre de la Santé et de la Population, à la Direction des services de
santé, aux DSP territorialement concernés, au directeur de la caisse de
Sécurité sociale concernée, au doyen de la faculté de médecine
concernée. Elle doit indiquer le ou les lieux d’exercice, et les
demi-journées identifiées de façon précises ainsi que la nature de
l’activité. En 2002, un décret exécutif stipulait que «l'activité
complémentaire est incompatible avec la chefferie de service ou d'unité
», c'est-à-dire qu'on ne permettait plus aux professeurs, chefs de
service de le faire. Sous d’autres cieux, l’activité complémentaire se
fait au sein de l’hôpital et avec ses moyens et ce, sur la base de
mécanismes appropriés relatifs notamment à l’indexation du volume
d’activité complémentaire au volume de l’activité normalement rémunérée
par l’hôpital. De ce fait, les catégories concernées par cette activité
complémentaire ne peuvent pas exercer dans le privé. Ils doivent faire
un choix entre les deux secteurs.
N. I.
...et en pratique ?
• Plutôt que d’exercer deux demi-journées par semaine, des
praticiens font le contraire et passent le plus clair de leur temps dans
les structures privées.
• Les praticiens ne s’embarrassent plus de l’autorisation de leur
hiérarchie pour exercer dans le privé.
• Des chefs de service violent l’interdiction d’exercer dans le privé.
• En plus de détourner les malades, certains médecins détournent
médicaments et matériel.
• Les médecins exerçant l’activité complémentaire continuent de toucher
la prime d’intéressement.
• L’argent versé aux praticiens qui font de l’activité complémentaire
échappe aux impôts.
• Même les résidents ne résistent pas à l’appel du privé.
N. I.
Les paramédicaux, en toute illégalité
Encouragés par le laxisme et le laisser-aller, les paramédicaux se
sont engouffrés sans difficulté dans le dispositif. Sollicités par les
cliniques privées, les infirmiers ne se sont pas embarrassés de la
réglementation pour y exercer alors qu’aucun texte ne les y autorise. Il
faut dire que la situation arrange assez bien les deux parties : d’une
part, les structures privées emploient du personnel sans avoir à le
déclarer, et d’autre part, les infirmiers arrondissent leurs fins de
mois. Un arrangement qui se fait au détriment des malades du secteur
public. Des infirmiers avouent dormir pendant leurs gardes dans les
hôpitaux pour pouvoir assurer dans les cliniques privées où ils sont
soumis à l’obligation de résultat. Interpellé à ce sujet, M. Gachi,
secrétaire général du Syndicat algérien des paramédicaux (SAP),
reconnaît l’anarchie qui règne et l’impute aux pouvoirs publics. Il
estime que si les paramédicaux avaient un meilleur statut et une
rémunération décente, ils n’auraient pas besoin d’avoir recours à cette
pratique qu’il souhaite d’ailleurs voir régularisée pour éviter les
dérives. M. Gachi va plus loin en demandant la légalisation de
l’infirmier libéral qui pourra prodiguer en toute légalité des soins au
domicile du malade.
N. I.
Des médecins "touristes" exercent en toute impunité !
Dans cette anarchie quasiment institutionnalisée, des médecins
étrangers «exercent» en toute impunité dans certaines cliniques privées.
Ces médecins qui arrivent en général durant leur week-end, opèrent et
repartent aussitôt. Cette pratique illégale est en passe de se
généraliser, provoquant l’indignation du Conseil national de l’Ordre des
médecins. Son vice-président, M. Gaceb Mostefa, a dénoncé cette pratique
«frauduleuse et préjudiciable au citoyen en cas d'erreur médicale». Il a
ajouté que «ces médecins, pour la plupart des Français, touchent des
sommes d'argent faramineuses et quittent les aéroports du pays en toute
quiétude sitôt l'acte médical accompli». Ces médecins, qui exercent sans
être inscrits au niveau de l’Ordre, violent allègrement la
réglementation sans parler de l’argent qu’ils perçoivent et du fait
qu’ils sont soustraits à tout contrôle. Une situation qui n’échappe pas
au ministre de la Santé qui, une fois de plus, réagit par circulaire
alors que les cliniques qui ont recours à ce genre de pratiques sont
clairement identifiées et que la loi est on ne peut plus claire !
N. I.
La circulaire de Tou
Il aura fallu à Amar Tou plusieurs années pour enfin réagir… par
circulaire. Plutôt que de trouver une parade, le ministre de la Santé
préfère rejeter tout le tort sur les praticiens et parle de «perversion
», d’«effets pervers» et de «dérives» en matière d’exercice de
l’activité complémentaire. S’adressant aux directeurs des hôpitaux et
conscient des «silences complices », voire des complaisances, Tou
n’hésite cependant pas à demander à des chefs de service eux-mêmes en
violation des textes en vigueur de veiller au strict respect de la
réglementation. Dans la missive envoyée aux directeurs des structures de
santé, Tou énumère les dérives et rappelle ce qui est désormais du
domaine public. «Certains spécialistes n’hésitent pas à évacuer
délibérément des malades qu’ils sont censés soigner dans le secteur
public vers des structures privées, plus grave encore, ils vont jusqu’à
les réévacuer vers les structures publiques en cas de complications
graves allant jusqu’au décès. Comme certains praticiens du secteur
public vont jusqu’à traiter illégalement des malades qui leur sont
orientés par ces dernières en leur fournissant des soins et des produits
pharmaceutiques gratuitement», écrit Tou. Mais, au-delà du constat, le
ministre n’a pour l’heure pris aucune mesure. Interpellé à ce sujet, le
ministre de la Santé a avoué avoir eu «à un moment donné» l’intention de
revenir sur le principe même de l’activité complémentaire avant de se
rétracter. «En étant légalisée, la pratique a été dévoyée si elle était
interdite, ça risque d’être pire. Rien n’interdirait à ceux qui le
veulent de continuer à le faire en toute clandestinité», dit-il. Quelle
solution alors ? La réponse du ministre est toute trouvée : «C’est une
question de morale !» qui doit être jumelée avec un meilleur statut pour
les praticiens de la santé publique que Tou espère régler grâce au
régime indemnitaire puisque le coche a été raté avec le statut que les
syndicats estiment être en deçà de leurs attentes. Ce qui, une fois de
plus, crédite la thèse de la volonté politique qui reste elle-même otage
de lobbies qui font pression pour que le statu quo reste de mise.
N. I.
CE QU'EN PENSE LE CONSEIL DE L'ORDRE
"Il faut abroger le texte !"
Outré par la tournure prise par l’exercice de l’activité
complémentaire, le Dr Bekkat, président du Conseil de l'ordre des
médecins, ne mâche pas ses mots. Il considère que le texte sur la loi
complémentaire a été voté dans des conditions «particulières» qui ne
sont plus en vigueur. «Aujourd’hui, le nombre de médecins a doublé et il
est temps que ça change. Il faut revenir à un principe : il y a deux
secteurs, le privé qui doit exercer dans le strict respect des lois de
la République et le public qui doit assurer des fonctions multiples
(enseignement, formation, prévention). Comment voulez-vous que dans les
conditions actuelles, le secteur public puisse répondre à ces attentes
?» Pour le Dr Bekkat, «il est temps que les médecins puissent choisir en
toute liberté entre le secteur public ou privé puisque les effets
néfastes de l’activité complémentaire sur le secteur public ne sont plus
à démontrer. Comme partout ailleurs, c’est le secteur public qui doit
être dominant». Il ajoute qu’«il n’est plus question de discuter. Il
faut prendre un certain nombre de dispositions, penser par exemple à des
conventions avec le privé dans les wilayas où il y a un manque de
spécialistes par exemple». Catégorique, le président du Conseil de
l'ordre des médecins considère que «l’Etat n’a pas été en mesure de
contrôler l’activité. Nous ne pouvons pas accepter de proposer une
solution lucrative à un malade à la recherche d’une solution étatique.
C’est l’affaire des syndicats que de négocier les salaires mais ce n’est
pas une raison pour que des médecins s’adonnent à un trafic de malades.
Il faut du courage politique pour trouver une autre solution, la
meilleure serait de l’abroger en donnant plus de moyens à ceux qui sont
en charge de la santé publique».
N. I.
CE QU'EN PENSENT LES CONCERNÉS
"Il faut geler le texte et donner des moyens aux médecins"
Sans détours, le président du Syndicat national des praticiens
spécialistes de la santé publique (SNPSSP) dit être contre l’activité
complémentaire mais avec des «conditions précises». Le Dr Yousfi estime
qu’il faut «impérativement » un statut digne du corps médical avant de
penser à son gel, et rappelle les conditions qui ont mené à
l’instauration de l’activité complémentaire. «On avait dit en 1997, à
l’époque de Yahia Guidoum, que la solution ne résidait pas dans
l’instauration de l’activité complémentaire. C’est très grave de la
considérer comme un complément de salaire. Il fallait plutôt penser à un
salaire digne pour les médecins. On connaît la réalité du terrain et en
1997, on avait dit que cette activité allait détruire le secteur
public». Pour le Dr Yousfi, c’est l’absence de gardes-fous qui est à
l’origine de cette situation. «Ailleurs, cela se fait au niveau de
l’hôpital et reste soumise au contrôle du conseil de l’Ordre et de
l’administration et n’est permise qu’aux compétences reconnues. L’argent
est versé aux bureaux des entrées et pas au praticien directement ; de
ce fait, l’hôpital prend sa part, le médecin et les impôts également.
Chez nous, les gestionnaires qui ont essayé de mettre de l’ordre n’ont
pas été soutenus par la tutelle». Formel, le Dr Yousfi considère que la
mise en place de l’activité complémentaire s’est faite sans qu’aucune
condition soit réunie. «On n’était pas prêts ; il aurait fallu certaines
conditions. Il fallait agir rapidement en améliorant le statut des
médecins. Faute de cela, il s’est passé ce qu’on a prédit : les médecins
désertent les services ; c’est devenu de l’activité complémentaire au
niveau de l’hôpital et pas au niveau du privé». Plus grave encore,
poursuit le président du SNPSSP, le laisser-aller a poussé même les
personnes non autorisées à exercer l’activité complémentaire à le faire.
«Aujourd’hui, des équipes entières travaillent pour le compte des
cliniques privées et perçoivent au même titre des médecins qui ne le
font pas la prime d’intéressement», affirme-t-il estimant que «derrière
cette situation, il y a de gros intérêts. Les cliniques privées font de
gros bénéfices, elles emploient du personnel sans le déclarer,
pratiquent des tarifs faramineux. Beaucoup sont dans l’informel.» La
situation est-elle pour autant désespérée ? Non, répond Dr Yousfi qui
plaide pour un gel du texte, le temps d’assainir la situation. «Il est
du devoir des pouvoirs publics de sauver le secteur public. A partir du
moment où le personnel de la santé publique dispose d’un statut digne,
l’activité complémentaire ne sera plus nécessaire», conclut-il.
N. I.
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2 Réponses à "Algérie : Qui veut achever le secteur public de la santé ?" 
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a écrit le 24 May 2008 6:17:24 PM CEST
Activité complémentaire vous dites...?Je tiens à apporter un témoignage de la décadence du médecin algérien; que pensez vous d'un médecin qui pour arrondir ses fins de mois est amené à gérer une vidéothèque? Des médecins qui travaillent après leurs boulots dans des pharmacies jusqu'à 22 heures, ou ces milliers de nos médecins '(exilés)qui exercent en France en qualité d'infirmier ou d'aide soignant faisant les toilettes de petits vieux français dans les maisons de retraites ? pour moi c'est une activité comme une autre quand un système arrive à écraser une catégorie comme celle des personnes qui veillent à la santé de tous les algériens.
Voila à quoi est voué notre système de santé! A méditer ! |
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a écrit le 16 Jun 2008 2:47:52 PM CEST
Je suis d'acord..
c'est le systeme qui est pourie!!! si nos medecin (moi mm etudiant en 4eme année fils de pediatre et de generaliste et frere de medecin) sont bien pris en charge bien payer...ect ect..ils n'auront pas a travailler ailleur illegalement !! ou a risquer je ne c combien d'année d'etudes!! Donc faut bien voir en profondeur le probleme et non po le poudre aux yeux qu'on jettent sur ce qui s passe!! Mais faut bien faire ces etudes et travailler dans ce milieu pour comprendre la realité des choses... |
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