Moussa Touati, pourtant candidat à cette présidentielle, à étonné son monde en annonçant un taux de participation qui ne dépasserait pas les 40%. La déclaration n’a curieusement pas été commentée. Qu’un candidat qui vient de sillonner l’Algérie de long en large et, qui plus est, supplié les algériens d’aller voter, fasse un tel pronostic et tout de même bizarre. Mieux encore, Notre Moussa Touati exige même un deuxième tour !  Cela semble au moins fausser les calculs du staff de Bouteflika. Et Pour cause !

Durant toute cette compagne finissante, son chef d’orchestre, Abdelmalek Sellal n’a pas cessé de nous annoncer des taux ronflants de participation par anticipation.  Pis, Sella nous menaça presque si d’aventure nous refusions de voter en masse. «Le président a insisté qu’il n’accepterait pas un faible taux de participation».

Voilà qui sonne comme un ordre de bourrer les urnes indépendamment de la participation populaire au prochain scrutin. Sa Majesté Bouteflika ne veut pas se suffire d’un score étriqué qui aurait pu pourtant donner une once de sérieux à cette compétition. Non, Bouteflika aime les scores fleuves, les chiffres Brejnéviens et les taux massifs pour se tailler une relation faussement fusionnelle avec ses compatriotes. Cela  le remplit de fierté, titille son ego et maintient intacte cette image d’un homme adulé et adoré que lui-même se représente. En pleine crise de confiance et de rupture entre les algériens et leurs gouvernants, le président Bouteflika refuse d’admettre que quelque chose de fondamental a changé dans la perception qu’a le peuple de ceux qui le représentent.  Faisant comme s’il n’était pas responsable de la débâcle nationale, le candidat président veut s’affranchir de l’ire populaire en réclamant à ce même peuple non pas uniquement de le réélire, mais de bien le faire…

Ce feedback des électeurs devrait donc prendre la forme d’un renvoi  d’ascenseur à un président qui a tout donné  à son peuple. La menace de Bouteflika déclinée sous forme d’un «quota» politiquement acceptable,  vient sans doute répondre aux sondages populaires qui prédisent une grande désaffection au soir du 9 avril.      

Mais en attendant l’épreuve des urnes, seul sondage fiable dans une démocratie digne de ce nom, Bouteflika anticipe déjà sur une participation écrasante et bien sure une victoire de même nature, alors même que tous les indicateurs sont au moins en orange. Au-delà du fait que cette «exigence» constitue une insulte  au peuple électeur, il y a toutes les raisons du monde à décrypter le message de Bouteflika relayé par Sellal comme une instruction pour une  fraude «massive et généralisée» pour reprendre la triste formule qui avait accompagné les fameuses «victoires» du RND.  Même dans les républiques franchement bannières, le maîtres des lieux se gardent bien de franchir ce pas dans l’arrogance. A quoi bon organiser une élection dans les vainqueur est connu d’avance, si en sus, celui- ci  peut même commander un score mais surtout un taux de participation ? Il est presque risible de voir les cinq lièvres de Bouteflika se prendre au sérieux  à haranguer leurs ouilles sur leurs chances, pendant que le candidat président, lui,  négocie (ou ordonne ?) le taux de participation qui rendrait plus retentissant son troisième succès !   

On sait, à la limite, que la victoire de Bouteflika est évidente et on l’a souhaite presque face au casting famélique qu’on nous propose pour le show du 9 avril. Mais on ne s’attendait pas qu’il puisse décider- et avant le début du vote-  y compris des résultats du scrutin. S’il restait un peu de crédibilité à la prochaine présidentielle, avec cette déclaration-instruction, la messe est désormais dite et la voie ouverte. Tout compte fait et toutes déclarations recoupées, les taux de 60%, puis 65% et enfin 70% annoncés respectivement par Belkhadem, Ouyahia et Sellal, se rapprochent de la fourchette voulue par le candidat président. Tous les algériens ont sûrement compris ce jeu et même l’enjeu depuis le discours de Bouteflika à la coupole durant lequel il exigea déjà une victoire écrasante. Mais c’est le suspens qui en a pâti…

Par Hassan Moali