La Cnuced appelle l’Afrique à mobiliser ses ressources intérieures
- Par Jeune Indépendant
- Publié 11/10/2007
- Economie
-
Noté:




D’après le rapport 2007 sur le développement économique en Afrique, publié par la Cnuced, une meilleure utilisation des ressources intérieures aiderait les pays africains à bénéficier d’une croissance économique plus forte et régulière ainsi qu’à réduire, à long terme, leur dépendance excessive à l’égard de l’aide.
Intitulé «Retrouver une marge d’action : la mobilisation des ressources intérieures et l’État développementiste», il insiste sur l’effet positif espéré d’une telle évolution : permettre à l’Afrique de déterminer ses propres priorités en matière de développement.
Les stratégies de développement s’appuyant sur des ressources extérieures n’ayant pas atteint les objectifs escomptés, il est temps de changer de modèle, de «fusil d’épaule» et de trouver autre chose : tel pourrait être, en résumé, le message du rapport 2007 sur «Le développement économique en Afrique» publié par la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement à la fin du mois dernier.
Présenté à Paris par l’économiste de la Cnuced Janvier Nkurunziza, ce travail souligne qu’une utilisation accrue des ressources financières intérieures et des investissements plus productifs donneraient aux dirigeants africains la «marge d’action» nécessaire pour concevoir des programmes qui correspondent aux priorités de leur pays, donnant ainsi tout son sens à la notion d’»appropriation» des politiques économiques.
Un effondrement brutal de l’épargne intérieure après 1980 Se développer avec son propre argent ? Cela ressemble à une évidence – qui viendra investir chez vous si vous-même ne le faites pas ? Et pourtant, il est bon de la rappeler, au regard par exemple des destins distincts des économies africaines et asiatiques.
La Cnuced note ainsi combien l’évolution du taux d’épargne intérieure brute (qui détermine ensuite les sommes disponibles pour l’investissement) a été différente dans ces deux zones : en Afrique subsaharienne, ce taux a progressé régulièrement entre 1960 et 1974, passant de 17,5 % à 24,3 % du PIB.
Puis l’instabilité s’est installée, et après un pic à 26 % en 1980, l’effondrement a été brutal, avec chute à moins de 15 % en 1992. Aujourd’hui, le taux plafonne à 17,6 % du PIB (2005). Dans la région Asie de l’Est-Pacifique, ce taux, à peu près au même niveau que celui de l’Afrique dans les années 1960, n’a fait depuis que progresser – certes avec quelques à-coups – pour atteindre aujourd’hui 40 % du PIB.
Autre difficulté, au-delà du taux de l’épargne : sa forme. Sur le continent, rappelle la Cnuced, les ménages épargnent essentiellement par précaution ; les actifs qu’ils détiennent remplacent l’assurance et le crédit auxquels ils n’ont pas accès.
Conclusion, «en Afrique, l’épargne des ménages comprend essentiellement des biens matériels et un peu d’épargne financière placée dans le secteur financier informel. Seule une part restreinte de cette épargne est donc disponible pour des investissements productifs».
De même, face à un système financier qui répond rarement à leurs besoins, les entreprises constituent une épargne dans l’optique de s’assurer contre d’éventuels risques ; autant d’argent qui n’est pas disponible pour investir. Parmi les autres ressources financières intérieures «cachées» des pays africains, qui, si elles étaient correctement mobilisées et efficacement utilisées, fourniraient des ressources pour le développement, le rapport passe en revue les recettes publiques (qui pourraient doubler dans certains pays simplement par une amélioration de la collecte de l’impôt, ou un élargissement de l’assiette fiscale par intégration au secteur formel d’activités économiques existantes), les envois de fonds des travailleurs émigrés (qui pour la plupart stimulent la consommation, mais pourraient être davantage consacrés à l’investissement), sans oublier les capitaux ayant fui l’Afrique, issus notamment de la corruption et des détournements de fonds, et dont on estime le montant supérieur à celui de la dette du continent.
S’il est peu probable que l’accroissement de l’épargne intérieure suffise à combler immédiatement le manque de ressources ? évalué entre 10 et 20 % du PIB ? pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement d’ici à 2015, cette augmentation donnera aux pays africains la marge d’action nécessaire pour concevoir des stratégies de développement plus appropriées.
Un phénomène de croissance sans emploi Parallèlement, note en effet la Cnuced, «les taux de croissance relativement élevés récemment enregistrés en Afrique n’ont entraîné aucune amélioration sensible du niveau de vie. La croissance a été alimentée par l’essor des produits de base, en particulier des minéraux, dans des «industries enclavées» ayant peu ou pas de lien avec le reste de l’économie.
Ce qui a conduit à un phénomène de croissance sans emploi». Pour qu’une grande partie de la population d’un pays puisse en tirer parti, la croissance doit être générée par une économie intégrée : une stratégie à mener à l’échelle d’un Etat.
On le voit, aucune des actions suggérées (auxquelles il faudrait encore ajouter l’amélioration de l’environnement des affaires ou la réalisation d’infrastructures) ne peut être le fait du seul secteur privé. La stratégie préconisée par la Cnuced est ainsi bien différente des politiques récemment adoptées par les - ou conseillées aux - pays africains, consistant à réduire la participation de l’État dans l’économie pour se conformer à l’idéologie dominante d’ouverture des marchés.
L’organisation plaide donc pour des Etats africains développementistes, soulignant toutefois que l’intervention de l’État ne signifie pas qu’il faut commettre «les mêmes erreurs que par le passé, par exemple surprotection et interventionnisme : les pays africains n’ont pas besoin d’un État moins présent, ils ont besoin d’un État plus efficace».
Ajouter a :
1 Réponse à "La Cnuced appelle l’Afrique à mobiliser ses ressources intérieures" 
|
a écrit le 24 Nov 2007 9:46:46 PM CET
Comment pouvez vous prétendre que les pays africains appliquent des politiques dites protectionnistes tout simplement sur la base de la régementation formelle? ignorez vous par ailleurs que le Viet Nam a pris 20 ans pour préparer son entrée à l'OMC alors que tous les PMA africains en sont membres fondateurs?
|
Author)